BTS, Arirang et le paradoxe de la K-pop mondialisée
BTS le retour nous montre les coulisses d'un label qui dans sa volonté de revenir sur le devant de la scène est passé à côté de l'occasion de redonner un sens au "K" de K-pop
Imaginez un come-back différent.
Plus tardif. Un come-back où les membres de BTS auraient eu le temps de digérer deux ans de service militaire, de laisser décanter ce qu’ils ont vécu, de revenir avec une vision réfléchie de la direction qu’ils voulaient prendre dans les prochaines années ?
Imaginez un come back avec Body to Body en single, mais chanté à 80% en coréen.
Vous y êtes ?
Moi oui, et je peux vous dire que ce retour aurait envoyé un tout autre message à l’industrie K-pop.
Pourtant, il n’aura jamais lieu… parce que HYBE a fait un choix efficace à court terme, mais plus discutable à long terme pour l’identité de la K-pop.
L’album Arirang : le clash de trois visions difficiles à concilier
La vision de Hybe (le label de BTS), qui veut que cet album soit en anglais pour “toucher” le maximum de personnes.
La vision de Bang Si-hyuk (chairman de HYBE), qui s’imaginait déjà les foules de fans étrangers chantant Arirang à la gloire de la Corée (en restant sur un album en anglais ?)
La vision de BTS, qui, tiraillé entre les deux, souhaite garder sa liberté artistique, essayer de nouvelles choses tout en conservant ses origines de “garçon des campagnes coréennes”.
De ces trois visions est né Arirang tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Un album qui cherche à concilier des objectifs parfois difficiles à aligner : accélérer la globalisation du groupe tout en préservant une identité artistique forte.
Pourtant, en cherchant à satisfaire ces différentes exigences, l’album donne aussi le sentiment de passer à côté d’une opportunité plus ambitieuse : celle de proposer une œuvre capable de redéfinir les contours de la K-pop à l’échelle mondiale.
Si le choix de l’anglais est compréhensible dans un contexte global, il soulève une vraie question : jusqu’où peut-on adapter la K-pop aux standards internationaux sans en diluer l’identité ?
La K-pop doit-elle forcément chanter en anglais pour être globale ?
On observe depuis quelques années une anglicisation progressive de la K-pop. Cette anglicisation s’inscrit dans une logique d’ouverture : intégrer davantage d’anglais permet de rendre les titres plus accessibles et de faciliter leur diffusion à l’international.
Pourtant, cette dynamique pose une question plus profonde : que reste-t-il de la K-pop si la langue qui la caractérise s’efface progressivement ?
Car comme le “J” de J-pop ou le “C” de C-pop, le “K” de K-pop est un élément important de la définition du genre. Il ne se limite pas à une origine géographique. Il incarne une identité culturelle, une musicalité, une manière de raconter.
Si le “K” disparait, on parle simplement de pop… effaçant par la même occasion ce qui fait la singularité de nos groupes “coréens” favoris.
En sortant un album à 80% en anglais sous le titre Arirang (nom d’une chanson folklorique coréenne, symbole de l’identité nationale), le message sous-jacent semble être celui-ci : “Le seul moyen de dominer la scène internationale est de chanter en anglais”
C’est pourtant faux. Et BTS l’avait déjà prouvé.
Le groupe était déjà global bien avant Dynamite, Butter et Permission to Dance. Ces titres anglophones ont élargi leur audience dans un contexte particulier : celui du COVID, où la musique jouait aussi un rôle de réconfort.
Ils apparaissent moins comme une direction artistique que comme une réponse conjoncturelle à une situation précise.
D’ailleurs, à la même période, BE, majoritairement en coréen, dense et personnel, a également rencontré un fort succès.
Ajoutons à cet argument que beaucoup de fans ont appris et continuent d’apprendre le coréen pour comprendre les textes, les lives et les contenus du groupe, ce qui montre à quel point la langue peut aussi devenir un vecteur de connexion et de soft power et que la musique n’a pas de frontière linguistique.
Un album Arirang entièrement en coréen aurait envoyé le signal que la K-pop peut dominer le marché mondial sans se renier. Que la langue coréenne est une force, pas un obstacle. Qu’un groupe à dimension international peut dominer l’industrie en gardant sa propre langue, sans se conformer au modèle occidental.
Comment Arirang aurait pu remettre le “K” au cœur de la K-pop
Les ingrédients d’un album iconique et fondamentalement coréen étaient là. Body to Body, mon morceau préféré de l’album est un mélange entre tradition et modernité. Une invitation à découvrir l’histoire de la Corée, son identité, à travers la musique. L’interlude n°29 surprend dans un premier temps puis incite à se renseigner sur l’intention cachée derrière ce gong, amenant ainsi à découvrir les légendes coréennes.
On pourrait imaginer Arirang comme un mix plus marqué entre modernité et tradition. Une invitation a découvrir la culture coréenne en sublimant sa singularité. L’album aurait alors été très différent de celui qu’on connaît actuellement, mais il n’aurait pas forcément été moins apprécié.
D’autres morceaux, produits par les membres du groupe, montrent que ce mélange fonctionne et peut avoir du succès sur la scène internationale.
Daechwita de SUGA (fusion entre le rap et la musique de cour traditionnelle coréenne) est un autre exemple de comment un titre peut inciter à découvrir la tradition et l’histoire d’un pays. Il a généré des dizaines de vidéos explicatives et m’a personnellement poussée à regarder le film The Throne à cause d’une référence au prince Sado.
Quand Jin nous chante Super Tuna c’est une invitation déguisée à découvrir le trot ( genre musical coréen) à travers les yeux d’un artiste ultra-populaire. (D’ailleurs pour la petite anecdote, Daesung du groupe BigBang a chanté du Trot à Coachella.)
BTS est le plus grand groupe de K-pop de tous les temps. Ils avaient la légitimité, l’audience et le capital artistique pour proposer un album mettant la culture et la langue coréenne au centre de la scène mondiale. Leur donnant par la même occasion la possibilité de s’exprimer plus librement (la difficulté des artistes à s’exprimer en anglais est très clairement visible dans le reportage)
L’héritage coréen comme vecteur différenciant
Évoluer est normal.
Intégrer plus d’anglais, tester de nouveaux styles, élargir son public, tout ça fait partie du développement naturel d’un groupe.
Mais évoluer ne veut pas dire s’effacer.
Certains groupes gardent une identité très forte justement parce qu’ils restent ancrés dans leur langue et leur style (ex: Stray Kids, Ateez…). Et c’est ce qui les rend impactants.
Plutôt que de forcer les chanteurs à se conformer à des standards qui ne leur permettent pas de se distinguer des autres artistes du même genre, l’industrie devrait au contraire surfer sur sa popularité du moment pour diffuser la culture musicale coréenne au plus grand nombre. L’alliance entre héritage et modernité fonctionne. Body to Body en est la preuve, mais ce n’est pas le seul morceau du genre.
D’autres artistes ce sont essayés à l’exercice et le résultat est plutôt réussi.
라비(RAVI) - ‘범(Feat. Chillin Homie, Kid Milli)’
LIT : ONEUS
G-DRAGON - (Niliria) ft. Missy Elliott
Digital Nomad 한의노래
Quant à la barrière de la langue, en 2026 et dans les années à venir, il me semble que ce problème ne sera plus d’actualité (traduction live pendant les concerts, traduction des chansons directement dans les albums, lightstick avec une oreillette de traduction…etc)
La force de la K-pop n’a jamais été d’imiter.
Elle a toujours été de proposer autre chose. Et cette “autre chose” passe aussi par la langue.
Et vous? Qu’en pensez-vous ?
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