Empress Ki [2/3] Les amours de Yang, le prix de la couronne
Aimer ou régner : le dilemme de Yang
Dans la première partie de ce dossier, (bah oui avec 51 épisode, ma revue ne pouvais qu’être longue :p), je vous donnais mon avis général sur EMPRESS KI, qui reste selon moi, un incontournable (de Ji Chang-Wook) en 2025, si tant est qu’on veuille bien lui allouer plus de 50 heures de visionnage.
Je crois que c’est d’ailleurs cette lecture tardive qui m’a permis de prendre du recul sur le triangle amoureux entre Yang, Wangyu et l’empereur; et, plus largement, la manière dont le drama explore les liens étroits entre amour et pouvoir, et comment ces deux forces façonnent nos personnages.
DISCLAIMER - SPOILER ALERTE
Cette analyse contient des spoilers. Pour un avis sans spoiler je vous invite à lire le premier article !
Les trois amours de Yang
Oui, j’ai bien dit trois.
En regardant Empress Ki, on se rend vite compte que l’amour définit Yang autant que son patriotisme ou sa loyauté. Chaque amour représente une étape décisive de sa vie et l’oblige à faire un choix.
Il y a les amours romantiques évidents, les amitiés fortes, mais aussi l’amour maternel discret, mais essentiel dans la construction de son personnage.
Dans un contexte de complots, de guerres, d’alliances et de vengeance, l’amour peut être salvateur ou destructeur.
Source de force… ou de faiblesse.
Il déclenche l’action ou la paralyse.
Et dans Empress Ki, il s’incarne à travers quatre figures :
WangYu : l’amour de jeunesse
L’Empereur : l’amour par devoir (ou syndrôme de Stockholm :p)
Maha : l’amour à sacrifier
Taltal : l’amour aligné mais impossible
WANGYU - Amour de jeunesse et innocence abandonnée
Wangyu, c’est le premier amour de Yang.
À l’époque où elle n’était que Seungyang, à l’époque où Wangyu cachait son identité de Roi de Goryo. Ensemble, ils se battaient pour protéger leur nation de la domination de l’empire Yuan, de la corruption interne à Goryo même.
Un amour d’adolescence, pur et sans calcul. Un amour où les identités importaient moins que les idéaux partagés.
Malheureusement, le destin et surtout la volonté de vengeance de Yang les ont séparés.
Certes, le drama nous présente leur séparation comme un coup du sort : Wangyu la croit morte et se résigne à épouser celle que lui impose la cour de Yuan. Mais la vérité est plus cruelle. Lorsqu’ils découvrent qu’ils sont tous deux vivants, ils auraient pu choisir de poursuivre cet amour en secret.
Ils ne le font pas.
Cet amour représente pour Yang un passé qu’elle ne peut plus habiter : celui de la fille libre, de la combattante sans couronne, de Seungyang avant qu’elle ne devienne ne pousse les portes du palais, avant que la vengeance ne la définisse.
Tous deux comprennent que leurs destins sont désormais incompatibles avec ce premier amour. Yang doit se conformer aux règles de l’empire Yuan pour arriver à ses fins. WangYu doit combattre l’empire Yuan, pour protéger son trône.
C’est un sacrifice conscient : choisir la raison plutôt que le cœur, l’ambition plutôt que la nostalgie.
Ce renoncement marque sa transformation définitive. Elle n’est plus la jeune fille de Goryo qui rêvait de libérer son peuple aux côtés de son roi. Elle devient une femme de pouvoir, prête à tout sacrifier pour atteindre ses objectifs. Même l’amour. Surtout l’amour.
Un amour impossible, même sans la tragédie
À y regarder de plus près, ils n’auraient selon moi jamais pu être ensemble.
Pour renforcer la position de Goryo, le mariage de WangYu devait être un mariage d’alliance. C’est exactement ce qui se passe lorsqu’il croit Seungyang morte : il est contraint par l’empire Yuan de se marier avec une femme choisie pour lui, et il ne PEUT RIEN FAIRE.
Si Yang et lui avaient été ensemble, ce choix aurait brisé le coeur de Yang et elle aurait été contrainte d’accepter par patriotisme la décision de WangYu.
Parce que la vérité c’est que, malgré toute l’affection que je lui porte, WangYu n’a aucun pouvoir réel. Il n’aurait jamais pu protéger Yang comme il le souhaitait. Son rôle est plus efficace dans l’ombre, à aider quand il peut, sans les contraintes d’une relation officielle.
Wangyu - le grand perdant de ce drama
Le drama ne fait aucun cadeau à Wangyu.
Roi d’une nation asservie, digne, loyal, combattif... mais sans pouvoir réel.
À la merci de ses ennemis : Yeonchol, Baekan, l’Empereur qui voient en lui un rival et n’hésitent pas à lui infliger les pires sévices. Exil, torture... et finalement assassinat.
WangYu perd tout dans ce drama : son pays, son amour, son fils, ses alliés, sa vie.
En se débarrassant de son oncle, prêt à vendre Goryo pour obtenir le statut de Roi, il pensait pouvoir donner un nouveau souffle à sa nation. Mais très vite, on se rend compte que la gangrène est déjà trop avancée. Malgré toute sa dignité, il peine à relever la nation. La plupart de ses sujets le méprisent pour sa faiblesse.
Il passera le drama à regarder Seungyang avec des yeux emplis de nostalgie et de désir. Cette nostalgie de ce qui a été et ce qui aurait pu être.
Vraiment, j’en ai voulu au réalisateur qui ne lui a laissé aucune chance. Quitte à inventer des personnages et des intrigues de sorcellerie, pourquoi ne pas lui offrir son “ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants” ? Il avait pourtant trouvé sa Seungyang bis avec Yeon Bisu... mais non, plot twist, elle lui est aussi enlevée de façon tragique.
J’ai espéré jusqu’à la dernière minute qu’une fenêtre du festin permette à Yang et WangYu de s’échapper ensemble... mais je n’ai pas eu gain de cause.
Une fin tragique mais “nécessaire”
Sa mort met définitivement fin au lien de Yang avec Goryo, au moment même de son élévation au rang d’Impératrice de Yuan.
C’est comme si le destin refermait symboliquement la porte sur ce qu’elle aurait pu être. Seungyang meurt avec WangYu. Il ne reste plus que Yang, l’Impératrice, détachée de ses racines, seule au sommet du pouvoir.
L’EMPEREUR - L’amour par devoir et syndrome de Stockholm
L’empereur.
Faible, immature, jaloux et possessif.
J’aime Ji Chang-Wook de tout mon cœur, mais comme j’ai détesté cet empereur. Responsable de la mort du père de Yang, incarnation de l’oppression de Yuan sur Goryo, empereur incompétent et pourtant... elle finit par l“aimer”.
Comment comprendre cet amour qui semble n’avoir aucun sens ?
L’otage qui accepte sa prison
Yang arrive à la cour pour se venger. Mais l’Empereur n’a de cesse de lui rabâcher son amour, de la “protéger” pour qu’elle reste à ses côtés. Ce qui ressemble au départ à une prise d’otage se transforme progressivement en quelque chose de plus complexe : une acceptation.
Car soyons honnêtes, Yang aurait pu fuir à plusieurs reprises. Elle a choisi de revenir au palais. Elle a choisi de devenir concubine. Elle a choisi ce destin et tout ce qu’il comporte, l’Empereur faisait partie intégrante de cette équation.
L’Empereur a beau menacer, pester, faire semblant de s’éloigner, elle sait qu’il ne la laissera jamais en paix. Alors elle accepte cet “amour” qui lui permettra d’accéder à la vengeance dont elle a tant besoin pour justifier sa présence au palais et quelque part en chemin, Yang finit par “aimer” le pouvoir que lui apporte et l’empereur par extension.
C’est la définition même du syndrome de Stockholm : transformer sa captivité en choix, son bourreau en protecteur.
Le fils et sa mère - une dynamique toxique
Qualifier cette relation d”amour romantique” serait pourtant une erreur. Ce qui lie Yang et l’Empereur est…pathologique.
L’Empereur lui-même le dit : Yang est la première à lui avoir montré qu’il pouvait accomplir des choses par lui-même. De la même façon qu’un oisillon prend la première chose qu’il regarde pour sa mère, son attachement à Yang suit cette logique d’empreinte affective.
Il ne l’aime pas comme un homme aime une femme. Il l’aime comme un enfant aime sa mère : avec dépendance, possessivité, terreur de l’abandon.
Et Yang ? Elle le manipule avec l’autorité d’une mère sur son enfant. Même si ses intentions sont “honorables” (stabiliser l’empire, protéger son fils), elle use de cette dynamique pour atteindre ses objectifs. Elle devient une figure maternelle de pouvoir plutôt qu’une égale amoureuse.
Cette relation malsaine est bien illustrée dans la scène de sa mort : il meurt allongé sur ses genoux, après que Yang lui ai nettoyé les oreilles. Comme un fils dans les bras de sa mère. Pas comme un amant. Pas comme un empereur. Comme un enfant qui retourne d’où il vient.
L’empereur pathétique - un destin inévitable
J’aurais accepté cet amour s’il avait eu un sens. Si l’Empereur avait VRAIMENT évolué. Si il était devenu un homme.
Quelque part au fond de moi, j’ai espéré que ce soit le cas. Qu’il grandisse et se mette à la hauteur de Yang. Il le fait, parfois, dans ses élans d’amour. Mais jamais suffisamment longtemps pour changer sa nature d’enfant capricieux.
Sa faiblesse ouvre la porte à toutes les manipulations. On le déteste pour sa lâcheté, mais on finit par le prendre en pitié. Il n’a jamais été aimé des gens qui l’entourent. Ou du moins, jamais comme il l’aurait voulu. Il n’a jamais voulu du trône qui lui est imposé par tous et lui coutera la vie, comme à son père avant lui.
Eut-il fait preuve de courage, je suis convaincue qu’il aurait pu vivre une histoire d’amour épique avec Yang et redonner un souffle à son empire. Mais son incapacité à assumer le pouvoir rend cet amour tout aussi impossible que celui avec WangYu.
Car une fois qu’elle accepte son destin, Yang est consciente qu’il lui faut du pouvoir pour accomplir ses desseins. L’Empereur n’en veut pas et a tendance à confier ce pouvoir à tous ceux qui lui inspirent un semblant de confiance.
Dès lors, lui aussi doit mourir pour que Yang assume pleinement ses responsabilités.
Je crois que cette mort “naturelle” a évité à Yang de commettre le pire des régicides pour se protéger et protéger les siens. Car avec le temps, et ses décisions irréfléchies l’empereur aurait lui aussi représenté une menace pour elle et ses gens.
C’est peut-être l’amour le plus triste des quatre parce qu’il est vide. Un amour qui n’en est pas un, mais qui consume néanmoins toute une vie.
INTERLUDE : MAHA - un amour maternel sacrifié
Maha, c’est ce qu’il reste de l’amour entre Yang et WangYu.
L’enfant de leur jeunesse, de cette époque où tout était encore simple. Le dernier lien tangible avec Seungyang, avec Goryo, avec la femme qu’elle était avant le palais.
C’est également la raison de son désir de vengeance envers Tanashili et ce qui la pousse à vouloir devenir concubine et obtenir plus de pouvoir.
“Personne ne te protégera”
Il y a un moment dans le drama qui résume toute la tragédie de leur relation.
Maha, après avoir été chassé du palais suite à la découverte de ses origines se demande comment il va survivre dans ce monde hostile. Yang, lui répond avec une froideur calculée : “Il n’y aura jamais personne pour te protéger. Tu dois apprendre à te protéger seul.”
Quelle cruauté, quand on sait à quel point elle a pleuré la perte de Maha, que de choisir de le laisser seul au moment où il aurait le plus besoin d’une mère.
Pourtant, comme tous les choix de Yang depuis le début, celui-ci encore fait sens dans sa quête de pouvoir.
Elle se persuade que c’est pour le protéger : en le rendant fort, indépendant, méfiant. Mais la vérité c’est qu’elle renonce à lui pour se protéger elle-même.
Car elle ne peut se permettre d’avoir cette faiblesse exploitable. Et de la même façon qu’elle doit renoncer à Wangyu pour avancer, elle doit également renoncer à Maha qui n’a plus sa place à ces côtés.
La tragédie les séparera une deuxième fois… pour de bon cette fois.
TALTAL - Ode a une romance qui n’a jamais eu lieu mais aurait du…
Taltal, le bras droit de Baekan, son fils spirituel.
Il est le stratège là où Baekan est la force. Il est la modération, là où Baekan est la fougue. On dit de lui qu’il arrive à lire les intentions cachées de ses interlocuteurs. Yang sera la seule avec qui il n’y arrivera pas.
Il semble froid de prime abord, et on pourrait croire qu’il ferait tout pour Baekan, mais ce serait une erreur. Ce qu’il veut, c’est le bien de sa nation. Selon lui, la grandeur d’un pays passe par sa solidité interne, pas par des guerres successives qui apportent la gloire aux généraux mais appauvrissent le peuple.
En cela, il partage la vision de Yang et diffère de Baekan.
Du mentor à l’égal
Yang et lui se rencontrent alors qu’elle cherche un moyen de contrer Yeonchol et se venger de Tanashili.
Taltal devient son mentor, l’instruisant dans l’art de la guerre et la gouvernance, la transformant en adversaire redoutable pour celui que tous veulent évincer sans jamais y parvenir.
Il est sceptique au début, mais la ténacité et l’intelligence de Yang le fascinent au point qu’il lui reste fidèle, même quand Bayan sa cousine tente de s’en débarrasser, même quand Baekan son “père” veut l’éliminer.
Avec le temps, il devient clair que cette admiration se transforme en quelque chose de plus profond. Un amour, et un respect mutuel.
Ses silences en disent long. Son mécontentement quand Baekan décide de trahir Yang pour des raisons irrationnelles est également parlant. Là où le regard que pose Wangyu sur Yang est torturé, celui de Taltal est apaisé. Il cherche à la comprendre véritablement, pas à la posséder.
Yang le dit à plusieurs reprises : elle ne veut pas faire de Taltal son ennemi. Elle le respecte, et lui fait confiance, à tel point qu’elle lui annonce toujours ses plans même s’ils vont à l’encontre des intérêts du clan de Taltal, avec la certitude qu’il se rangera dans son camp.
Le camp de la justice.
Une fois sa vengeance accomplie, quand elle se retrouve sur le trône, Taltal reste à ses côtés et l’aide à diriger. Jusqu’à ce que lui aussi tombe sur un champ de bataille, aussi brutalement que le drama l’expédie hors du récit.
Une romance apaisante …. qui n’arrivera jamais
La romance entre Yang et Taltal est celle qui aurait pu nous apaiser tous, après ses amours tourmentés. Car avec Taltal, elle avait trouvé son égal : l’admiration saine, la complémentarité, un amour mature construit sur le respect mutuel. Un cocon d’harmonie après des années de chaos.
Mais cet amour est lui aussi impossible.
D’abord parce qu’une fois impératrice, elle n’est plus accessible à personne. Le rang crée une distance infranchissable. Ensuite parce que Taltal, homme droit et réfléchi, patriote avant tout, n’aurait jamais osé faire un geste déplacé envers sa souveraine.
J’aurais voulu qu’ils aient leur fin heureuse. Mais cela aurait sans doute terni l’image de Yang, impératrice intègre et pleine de droiture. Elle ne peut pas s’abandonner à un général.
Le drama la force à rester seule sur le trône, encore et toujours.
Comme une malédiction. Comme le prix ultime de la couronne.
CONCLUSION : Le prix de la couronne
Chacun des amours de Yang marque une étape de sa vie. Et lorsqu’ils se terminent, c’est à une partie d’elle-même qu’elle renonce pour accomplir son destin.
Avec WangYu, elle renonce à son innocence. À Seungyang, la jeune fille libre qui croyait encore possible de concilier amour et justice.
Ce premier amour perdu n’est pas seulement une histoire sentimentale tragique. C’est le prix du pouvoir : renoncer à son identité première, à sa jeunesse, à l’innocence. Pour porter la couronne, Yang doit enterrer Seungyang. Et WangYu avec elle.
Avec l’Empereur, elle accepte une part plus sombre d’elle-même. Elle renonce à son intégrité, manipule, ment, devient geôlière de son propre bourreau.
Avec Taltal, ce n’est même plus un renoncement. C’est une acceptation froide : elle doit rester seule au pouvoir. L’amour romantique, dans sa position, n’est pas permis. Ne l’a jamais été.
Et ce n’est pas seulement vrai pour Yang. WangYu perd son amour et sa vie pour préserver sa dignité de roi. L’Empereur perd toute affection authentique, entouré de manipulateurs. Tanashilli sacrifie ses sentiments pour survivre à la cour. L’Impératrice Douairière règne dans l’amertume et la solitude.
Tous perdent l’amour au profit du pouvoir.
Le pouvoir, une fois obtenu, s’exerce toujours dans la solitude.
Voici ce que semble vouloir nous dire ce drama en filigrane.
Et vous ? Que pensez-vous de la morale de ce drama ? Des amours de Yang ? Team WangYu, Team Empereur, ou Team Taltal ? Dites-moi en commentaires
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